Numero 01
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La brigade criminelle, connue sous l'apocope Crim' ou « La BC », désignent les services de police français ayant pour compétence principale les crimes, dont : les homicides et viols ; les enlèvements ; les attentats.

C’est la plus ancienne pièce à conviction détenue par la police parisienne. Scellée dans le mur, au fond d’un sous-sol de la rue Chanoinesse, derrière Notre-Dame, la « pierre du Boucher », témoigne d’une sombre affaire advenue, vers l’an 1420, dans l’ancienne rue des Marmousets, disparue depuis. Elle devrait plutôt s’appeler la « Pierre du Pâtissier », si l’on en croit l’historien Piganiol de La Force :  « On ne sait si l’on doit regarder comme un conte, ou comme une vérité une tradition fort ancienne qui veut qu’il y ait eu autrefois dans cette rue un barbier qui coupait la gorge à quelques-uns de ceux qu’il rasait, et puis livrait leurs corps à un pâtissier qui en faisait des pâtés , dont il avait un début surprenant », écrit-il en 1742 dans sa Description de Paris.


Des récits plus tardif font état d’un chien fidèle d’un étudiant allemand qui, hurlant à la mort devant l’échoppe du barbier, finit par attirer l’attention du guet. La découverte d’un monstrueux trafic aurait rendu fou plusieurs clients du pâtissier, grand amateur de ces délicieuses tourtes à la viande : sans doute parce que le jeune roi Charles VI qui régnait à l’époque, pour bien d’autres raisons, est resté dans l’Histoire sous le nom de Charles-le-Fou…


« Ce crime ayant été découvert, le barbier et le pâtissier furent punis de mort. Leurs maisons rasées, et une pyramide érigée en leur place. On n’a point de preuves positives de tous ces faits, mais il est constant que pendant plus de cent ans il y a eu dans cette rue une place vide, et sur laquelle la propriétaire ne croyait pas qu’il lui fut permis de bâtir », continue Piganiol de La Force. La légende recouvre une part de vérité, car François 1er, par lettres patentes de Janvier 1536, autorise la construction d’une demeure sur le site maudit.


Est-ce bien sur son emplacement exact que se trouvent les hangars des 18 et 20 de l’actuelle rue Chanoinesse ? Et cette énorme pierre, probable survivance d’un mur d’enceinte gallo-romain, servit-elle bien le billot pour découper les victimes du boucher-pâtissier sanglant ? La « Pierre au Boucher » conserve son mystère, mais elle est maintenant sous bonne garde : la rue Chanoinesse abritant les compagnie motocyclistes de la Préfecture de Police, elle orne le garage à motos de la Direction de l’ordre Public et de la circulation…

Connue pour ses dossiers, ses fiches et ses archives, la police a aussi ses objets, emblématiques d’un métier : ses insignes, comme la plaque d’officier de Sûreté agissant au nom de « la Loi », ses armes, telle cette belle épée de sergent de ville, ainsi que tout le matériel de l’enquêteur, de la vieille mallette anthropométrique d’Alphonse Bertillon jusqu’aux équipements de la police scientifique moderne.


Le paradoxe est que le musée secret de la police englobe aussi celui du crime : saisies, prises de guerre, vestiges d’affaires sensationnelles, le patrimoine des forces de l’ordre comporte ainsi un curieux échantillonnage de surins, caroubles, flingots, bague d’apaches à tête de mort et cordelettes d étrangleurs, puisés dans le redoutable attirail des voleurs et des assassins.


A Paris, c’est en 1877, que le policier Gustave Macé, futur chef de la Sûreté, comprend l’intérêt de rassembler de telles pièces, après le meurtre d’une prostituée et le suicide du coupable : la massette du tueur et le rasoir dont celui-ci s’est tranché la gorge étaient d’anciennes armes du crime, vendues par l’administration des Domaines à un brocanteur qui lui-même fournissait le pègre…


« En examinant avec un soin minutieux le tas de ferrailles de la rue des Feuillantines, écrit-il dans Mon Musée criminel, j’ai choisi les objets appartenant à l’histoire du crime, et dans ce panier se trouve réuni ce qui est utile pour monseigneuriser une porte, forcer une serrure, ouvrir une caisse, intimider les indiscrets. Rien n’y manque, pas même la corde servant à l’escalade, l’avertisseur ou sifflet à roulette et la lanterne sourde. Sur un marteau de maréchal-ferrant adhèrent encore des fragments de cervelles desséchée, et sur la lame d’un couteau à virole mobile j’ai remarqué des taches de rouille qui ne sont autres que du sang. Le marchand de bric-à-brac dit vrai : Il a bien acquis au dépôt du matériel de l’État ces instruments au passé épouvantable, car la plupart ont accompli des œuvres sanguinaires. Je trouve ces ventes d’autant plus immorales que les malfaiteurs les connaissent : elles sont du reste annoncées par voie d’affiches, ils y assistent et s’entendent avec les brocanteurs pour s’outiller aussi facilement que les marchands de vieux habits les costument selon le temps, l’heure et les circonstances.


Cette économie circulaire des pièces à conviction, Gustave Macé va mettre plusieurs années à en tarir la source, en prélevant, à l’issue des procès, armes du crime et outils compromettants. Il se fournit aussi dans le sinistre univers des prisons car celles-ci à l’époque, dépendent encore du ministère de l’Intérieur : il faut attendre le décret du 13 mars 1911 pour que l’administration pénitentiaire soit rattachée à celui de la Justice.


Le « musée criminel » ainsi constitué va servir à former les futurs policiers, à transmettre le souvenir des grands affaires du passé, à étudier l’évolution de la criminalité. Le Professeur Lacassagne à fait de même à Lyon, tout comme le criminologue italien Cesare Lombroso à Turin pour étayer sa thèse de « criminel-né », tandis que les constables de Scotland-Yard ont réuni moulages de têtes de pendus et reliques des tueries londoniennes en un Black Museum dont la visite, avant sa première exposition publique en 2016, a longtemps constitué une faveur réservée aux plus hautes personnalités.


Les collectionneurs privés ne sont pas en reste et de plus en plus d’amateurs se pressent aux sulfureuses ventes de « crimino », dont les lots le plus morbides sont parfois interdits d’enchères par décision du gouvernement.


Ces sombres collectionneurs se ressemblent étrangement. Elles nous montrent l’inventivité des malfrat et de leurs poursuivants, ou comment l’appât de l’or, la passion du pouvoir et la quête du plaisir ont causé de grands drames. Elles nous racontent une histoire de la violence humaine.